Challenge Digital FIBD 2018 : la sélection Phylacterium !

Pour commencer tranquillement cette année 2018 par un peu de bande dessinée numérique, jetons un coup d’oeil sur les œuvres proposées pour le Challenge Digital du prochain Festival d’Angoulême.

Challenge Digital : kesaco ?

Un petit rappel : le Challenge Digital est un concours organisé depuis le FIBD 2015 par l’équipe du Pavillon « Jeunes Talents ». Nous en sommes donc à la quatrième édition, et, si les deux premières laissaient encore apparaître une dimension un peu amateure et artisanale, la troisième édition a révélé une vraie évolution dans la qualité des œuvres, que ce soit sur les plans techniques ou narratifs.

Parmi les œuvres et auteurs « révélés » par le Challenge Digital, s’il me fallait donner une petite sélection perso, il y aurait par exemple :

– Vidu et BatRaf, auteurs de l’expérimental L’immeuble (lauréats 2017)

– Juliette Mancini, avec son Pan ! plein de gifs et de politique (2016)

– Anne Griot et son poétique La forêt (lauréate 2016)

– Antoine Maillard et son mystérieux et inventif Roaxaca Zone (lauréat 2017)

– Exaheva, avec l’amusant et philosophique Tu ne peux pas te retourner (lauréat 2015)

– Oscar Langevin et le chatoyant Montagne (lauréat 2015)

– Cátia Ana Baldoino da Silva et Refuge qui ranimait les livres pop-up (2016)

– Krukof2 et son Freaks en hommage au cinéma d’horreur de l’avant-guerre (2017)

Alors attention tout de même : le Challenge Digital, contrairement à d’autres palmarès angoumoisins, est un « concours », et non un « prix » : ce n’est pas une sélection du meilleure de l’année par un jury, mais des œuvres one shot censément conçues spécifiquement pour l’occasion par des auteurs qui sont souvent des débutants dans la profession. On n’y retrouvera donc pas les grosses productions que sont, par exemple, Eté, Phallaina ou Professeur Cyclope, ni même une œuvre au long cours comme Le secret des cailloux qui brillent. Même si les deux dernières éditions ont un peu transformé ce concours en prix en voyant concourir des œuvres déjà sorties plus tôt dans l’année… Bref, c’est ce qui se rapproche le plus, en France, d’un « prix » de la bande dessinée numérique.

Le format « concours » privilégie des œuvres de taille modeste, et pas toujours abouties il faut bien le dire. Le Challenge Digital demeure un concours « modeste » dans ses ambitions et dans la qualité générale des œuvres concurrentes. Malgré ça, il est souvent un bon révélateur des tendances de la création numérique de l’année, et de la diversité des possibilités qui s’offre à l’auteur sans solliciter de gros moyens. Cette cuvée 2018 ne fait pas exception : on retrouve des scrollings, verticaux et horizontaux, des diaporamas, de l’audio et de l’animation… Globalement, on constate que la grande ère des gifs animés semble s’essouffler un peu, de même que celle du diaporama qui dominait jusqu’à présent, mais en revanche le scrolling fait un vrai retour en force. Je dois bien avouer que le niveau général me paraît un peu plus décevant que l’an dernier ; on ne retrouve pas des œuvres aussi ambitieuses dans leur maîtrise technique et narrative que L’appartement de Vidu/BatRaf ou que Roaxaca Zone d’Antoine Maillard, ni des œuvres dont le propos est aussi dense que Freaks de Krukof2, L’odyssée 2.0 de Camille Prieur de la Comble et Vincent Malgras mais peut-être est-ce simplement que mon degré d’exigence vis à vis du concours s’est élevé après le saut qualitatif de l’édition 2017.

Bref… Plutôt que de vous proposer un classement personnel des dix lauréats, je fais le choix de présenter les trois œuvres qui me semblent mériter qu’on s’y attarde… plus une mention spéciale. Un avertissement tout de même : sur les éditions 2016 et 2017, mes prédictions se sont généralement avérées fausses, donc lisez ce qui suit sans vous interdire d’aller voir les six autres lauréats en lice pour le premier prix !

 

Taboni-Catherin

Je commence par mon chouchou de cette édition 2018, Ici tout va bien [http://www.icitoutvabien.net] de Sophie Taboni et Nicolas Catherin.L’oeuvre se présente comme un carnet de voyage en Australie et en Nouvelle-Zélande (a priori un vrai carnet de voyage, puisque les auteurs sont effectivement partis en Océanie). Passée la première étape un peu gadget de sélection d’un « personnage », le tout se présente comme une longue histoire (9 épisodes!) à faire défiler, qui nous permet de suivre le couple Sophie et Nicolas de Melbourne jusqu’au Vanuatu (cette dernière destination n’étant pas encore complétée). Au-delà du système de lecture, simplissime mais efficace, l’originalité de l’oeuvre réside dans son mélange d’images dessinées et d’images photographiques, parfois les deux en même temps, et à chaque fois d’une très bonne qualité visuelle. S’ajoutent à ça des bonnes surprises de narration ou de graphisme et une tonalité amusante. Ici tout va bien est un exemple réussi de ce que l’art du design multimédia peut faire au genre carnet de voyage quand il est combiné à une narration visuelle de qualité. C’est aussi l’oeuvre la plus ambitieuse et la plus longue du Challenge Digital.
LINXDans un format beaucoup plus court, on trouve une autre œuvre qui m’a bien marquée, In my eyes de Linx [http://bdjeunecreation.bdangouleme.com/#/oeuvre/1658/]. Les amateurs d’expérimentation numérique passeront leur chemin car on se trouve face à un simple scrolling sans fioritures, sans rien à cliquer, à écouter, sans animation, et avec de bonnes vieilles cases à l’ancienne. Mais la technique ne fait pas tout et, dans une bande dessinée numérique, il faut aussi une bonne histoire. Et avec In my eyes, on est servi : une histoire courte et émouvante autour d’un petit chien et de son maître dont je ne vous dirais pas plus pour ne pas gâcher la surprise. Le dessin est de bonne qualité et le récit, quoique bref, bien mené. Peut-être un petit regret que le numérique n’ait pas été davantage utilisé, car en plus le sujet s’y prêtait…

 

Forky_BatRafContinuum du duo Forky et BatRaf [https://turbointeractive.fr/turbomedia/Forky/continuum/continuum.html] est un peu l’exact inverse d’In my eyes. Ce long scrolling en deux parties fourmille d’idées de narration numérique assez géniales, en particulier un « rembobinage » plutôt malin qui fait revoir la même histoire selon un autre point de vue. Quelques effets d’animation de défilement clairsemés mais toujours utiles au récit… les deux compères sont des professionnels du Turbomedia, et ça se sent dans une vraie maîtrise des codes de la lecture graphique numérique. Sur le plan technique, Continuum pourrait être un très bon exemple de la façon dont les outils numériques peuvent enrichir une histoire dessinée. Par contre, je dois avouer que l’histoire en elle-même, autour d’une petite fille découvrant un vaisseau spatial tombé dans son jardin, m’a plutôt laissé de marbre. Elle manque de rythme et d’enjeu, porte des personnages plutôt simplistes, et se termine de façon un peu trop abrupte. Elle mériterait d’être étoffé par-ci par-là (notamment le passage autour de l’extraterrestre) pour marquer vraiment les esprits.

 

EsquimaupecheEt je termine avec un dernier choix qui est plus une sorte de « mention spéciale », car l’oeuvre m’emballe moins que je ne le voudrais ; mais c’est quand même un vrai plaisir de retrouver avec Où que je suis ? [http://esquimaupeche.fr/turbo/crotte] l’humour du blogueur EsquimauPêche, dont j’avais adoré le turbomedia minimaliste Les Naufragés, ou la version suédée, giffée et hypnotique d’Isaac le pirate. Dans Où que je suis ?, outre ses pingouins hilarants, on retrouve le goût d’EsquimauPêche pour les exercices oubapiens et son timing comique imparable. Bon… le résultat final ne va pas forcément très loin, mais c’est peut-être l’occasion de rentrer dans l’univers fort sympathique de ce blogueur amateur de Turbomedia.

Et on attend la fin janvier pour les résultats du Challenge Digital… En vous souhaitant une bonne année numérique !

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